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1492  Christophe Colomb découvre l’Amérique et s’aperçoit
          que les Indiens fument   une plante nommée petum.
 
1520 Les premières graines de tabac sont rapportées en Europe.
 
1561 Jean Nicot envoit des feuilles de tabac râpées à Catherine de Médicis, reine de France.
 
1629  Richelieu crée le premier impôt sur le tabac.
 
1681 Colbert instaure le monopole d’Etat de la vente et la fabrication du tabac.
 
1809 La nicotine est découverte par Louis Nicolas Vauquelin.
 
1830 Les premières cigarettes fabriquées de façon industrielle apparaissent.
 
1843 La première machine à fabriquer les cigarettes est inventée.
 
1950 Les premières études épidémiologiques prouvent la toxicité du tabac.

Fumer… depuis la nuit des temps
Le rôle de la fumée dans l'histoire de l'Homme remonte à la nuit des temps. Tout a commencé par la découverte du feu. La fumée, symbole du feu signifiait la vie ou même la survie. On a même fait la " guerre du feu "… Sa fumée devint par la suite expression de cultes divers.

Dans l'antiquité
Dans l’antiquité, le tabac était inconnu en Europe. Pourtant, les hommes brûlaient diverses herbes dont ils utilisaient la fumée pour soigner ou pour prier. La fumée a eu très tôt un rôle thérapeutique. Pour les Grecs, il fallait " aspirer " certaines décoctions pour combattre la toux. En Europe, le tabac était inconnu et on fumait diverses herbes. Chez les Romains, on a retrouvé à Pompéi des fresques prouvant l'usage des pipes. En Gaule, les druides faisaient des fumigations de chanvre avant les sacrifices. Ces " fumées " étaient liées à des cultes païens et l'Eglise, de ce fait, condamna l'usage du tabac.
Chez les indiens et en particulier chez les Sioux, chaque étape de la vie était marquée par un rituel au cours duquel on fumait le calumet, pipe sacrée bourrée de tabac. Par exemple, le calumet servait à la purification des adultes, à la consultation du Grand Esprit pour connaître l'avenir, à l'apaisement des conflits lors de la signature des traités de paix.

L'herbe à Nicot arrive en Europe comme médicament
En 1492, Christophe Colomb découvre les Antilles… et le tabac,il s’aperçoit que les Indiens fument une plante nommée " petum " ou " meno ", selon les régions, sous forme d’un tube de feuilles roulées. Ils utilisent de longues pipes ou chiquent les feuilles de tabac. Quand les Espagnols et les Portugais débarquèrent à Haïti, les Indiens y fumaient une plante dans un petit tuyau nommé " tabacco ". Ce nom restera par la suite pour désigner la plante.
Au Nord, elle était fumée dans de longues pipes, au Sud elle était plutôt prisée et chiquée lors des événements importants. Cependant, ce " petum " était aussi utilisé par les guérisseurs pour soigner. C'est d'ailleurs comme remède que le tabac fut introduit en Europe, d'abord en Espagne, puis en France.
En 1493, le missionnaire espagnol Fray Romano Pane accompagne Christophe Colomb dans son deuxième voyage au Nouveau Monde, pour y convertir les habitants au christianisme. Il envoie du tabac à Charles Quint. L'Espagne choisit alors Cuba pour y faire pousser son tabac. Plus tard, quand le bateau accoste sur les côtes portugaises, l'équipage a pris l'habitude de consommer du tabac, dont il vante les mérites.
En 1527, Bartolomé de Las Casas raconte qu’ « après avoir allumé le bout de ces chalumeaux qu'ils appellent tabacos ou petums, les indigènes aspirent à l'autre extrémité par la bouche, ce qui provoque de la stupeur, une sorte d'intoxication et, selon eux, enlève la fatigue ».
André Thevet, en 1556, plante dans son jardin d'Angoulème des graines de tabac au retour de son séjour au Brésil. Cosmographe du Roi François Ier, il sera chargé plus tard de constituer le premier " Cabinet des Curiosités ", futur Museum d'Histoire Naturelle. Il fondera aussi l'actuel Musée de l'Homme.
Devenu l'aumônier de la Reine, il tentera d'imposer sans succès les noms de " thevetia ", ou " angoulmoisine " à l'herbe poussée dans son jardin.
En 1561, Jean Nicot, Ambassadeur de France, envoie du Portugal à la reine Catherine de Médicis une plante pour soigner ses migraines. " L'herbe à la Reine " remportera un franc succès sous diverses dénominations : la " catherinaire ", la " médicée ", " l'herbe à l'ambassadeur ", " l'herbe sainte " ou " divine ". La Reine donna l’ordre d’en cultiver en Bretagne, en Gascogne et en Alsace.
Elle devint très vite populaire et on lui prêta toutes les vertus soignantes. Inscrite à l'édition de 1574 d'Agriculture et Maison rustique ", une sorte d'encyclopédie des plantes, elle y est décrite par Jean Liebault comme une " plante aux vertus singulières et quasi-divines "… suivie d'une liste vertigineuse de maux et malaises qu'elle était sensée guérir.
La plante s'appela " Nicotiane " et par la suite " Nicotiana ", tandis que Thevet sombrait dans l'oubli…
Molière, le célèbre homme de théâtre, écrivit dans une de ses pièces : « Qui vit sans tabac est indigne de vivre ! » Et les enfants se mirent à fredonner la célèbre chanson « J’ai du bon tabac dans ma tabatière… ».
Dans les autres pays, l’engouement est tout aussi rapide. Il apparaît en même temps en Angleterre, en Italie, en Allemagne, en Turquie, au Maroc, en Corée, au Japon, en Chine, etc. Dès la fin du XVIème siècle, le tabac est connu dans le monde entier.

L'herbe pour soigner devient l'herbe à fumer
L'Eglise, avec l'Inquisition, s'insurgea rapidement contre le tabac, son odeur émanant probablement d'une sorcellerie.
Cependant, avec les graines et les feuilles séchées de " petum ", les navigateurs ramenaient également du Nouveau Monde de l'or et autres trésors dont profitait le Roi… mais aussi l'Eglise. Si bien que le Pape Urbain VIII se borna à interdire l'usage du tabac dans la cathédrale de Séville et à Saint Pierre de Rome.
En France, le Roi Louis XIV et son médecin Fagon furent très hostiles au tabac.
En Angleterre, le Roi Jacques Ier fit exécuter Sir Raleigh qui aurait popularisé à la cour l'habitude " dégoûtante " de fumer.
En Perse, les fumeurs étaient mis à mort sur ordre d'Abbas Ier.
En Turquie, Mourad IV faisait trancher les pieds et les mains des propriétaires des cafés où l'on fumait.
Au même moment le Grand Duc de Russie faisait couper le nez à quiconque osait fumer ! Plus tard, Pierre Ier de Russie préféra taxer le tabac pour s'enrichir.

La mauvaise presse du tabac ne dura pas
En France, toute la cour est " folle " du tabac. Le prise est à la mode. Dans " Sganarelle ", Molière dira : " Qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre ! ". Fumer fait partie du savoir-vivre : à l'école le maître allume sa pipe et enseigne à ses élèves à mieux la tenir (fumer maintiendrait en bonne santé). En Angleterre, des " smoking parties " sont organisées par l'aristocratie, tandis que les autres classes sociales les imitent.
Le monde chique, fume et prise. De plus, élégance et tabac s'associent et des tabatières sont confectionnées par des joailliers comme de vrais bijoux. Les enfants chantent : " j'ai du bon tabac dans ma tabatière… ".

Où fumer devient une source de revenus
Le succès du tabac ne fit que grandir et les gouvernements ne tardèrent pas à en tirer profit.
Dès 1629, Richelieu établit le premier impôt sur le tabac.
En 1674, Colbert créait la " Ferme Royale ", qui instaure le monopole de la vente du tabac. En 1681, il étend ce monopole à la fabrication.
A la Révolution, A.L. Lavoisier, administrateur de la Ferme (très impopulaire car il avait empêché les petits planteurs de s'enrichir), fut guillotiné en 1794.
Napoléon Ier, en 1811, rétablit le monopole, sous la gestion directe du Ministre des Finances.

Le XIXe siècle : naissance du tabagisme
L.N. Vauquelin découvre en 1809 un jus extrait de Nicotiana Latifolia qu'il pense être un poison violent : la nicotine.
L'opinion médicale, alors favorable au tabac va dès lors se retourner. Vers 1830, on assiste à la naissance de la cigarette, sans doute ramenée d'Espagne par les armées de Napoléon.
En 1843, lors de la fabrication industrielle des cigarettes, le Directeur Général des Tabacs publie un rapport assurant que l'atmosphère enfumée protège de la phtisie et de certaines maladies épidermiques…
Cependant, en 1845, le toxicologue François Mélier conclut l'inverse : " il est difficile de concevoir une plante qui possède un poison aussi violent que la nicotine ".
Vers 1847, après de multiples expériences, Claude Bernard prouve définitivement la toxicité de la nicotine. C'est alors la bagarre générale entre partisans et adversaires du tabac.
En 1896, M. Marambat pense que Catherine de Médicis elle-même aurait conçu les crimes de la Saint Barthélémy sous l'emprise du tabac. A cette époque là, Tolstoï, fumeur repenti, écrit : " Fumer a pour but d'engourdir la raison… c'est la meilleure préparation à tout méfait, à l'assassinat, au vol, à la luxure… ".
A la fin du XIXe siècle, le réquisitoire contre le tabac est très étayé. Son action néfaste se traduit :
- Sur l'appareil circulatoire par des battements cardiaques accélérés ;
- Sur l'appareil respiratoire par des spasmes ;
- Sur les systèmes musculaire et nerveux par l'apparition de tremblements et de paralysies.
Stugocki parle même du tabac comme responsable du " cancer du poumon ", dans sa thèse publiée en 1867.
C'est l'époque des grandes polémiques et Scholl prétend " qu'il n'y a pas de crime commis la pipe ou le cigare à la bouche " !
Rien ne semble pouvoir arrêter les fumeurs : la menace est encore trop imprécise et le plaisir de fumer le plus fort.
Toujours est-il que F. Cuny définit le " tabagisme " dans sa thèse et met l'accent sur l'accoutumance et le délire que peut provoquer une suppression brutale de toute consommation.

Le XXe siècle voit l'apogée de la cigarette
Chique et prise sont rapidement délaissées au profit de la cigarette qui est dès lors fabriquée industriellement.
A la main, les cigaretteuses arrivaient à produire jusqu'à 1200 cigarettes par jour.
A la machine, en 1904, on produit 600 cigarettes à la minute (actuellement, le rendement est de 4500 à 5000 par minute).
Au cours de ce siècle, tout le monde ou presque va se mettre à fumer, alors qu'au siècle dernier les femmes le faisaient peu et surtout par provocation (Georges Sand, Marie d'Agoult ou la princesse de Metternich fumaient la pipe ou la cigarette avec de longs fume-cigarette décorés).
Au début du siècle, cigare et cigarettes faisaient encore partie d'un certain luxe. L'industrialisation va permettre à tous de fumer et le tabac va acquérir une fonction socialisante par l'égalisation des rapports sociaux.

Les deux guerres et l'entre-deux guerres
La guerre 14-18 voit une augmentation considérable de l'usage du tabac chez les hommes.
Dans l'entre-deux-guerres, en 1926, le Service d'Exploitation Industrielle des Tabacs (S.E.I.T.) est créé. Il deviendra le S.E.I.T.A. lorsque le monopole des allumettes lui sera adjoint.
A ce moment là, l'Allemagne hitlérienne déclenche une offensive contre le tabac dont la fumée risque d'affaiblir la race aryenne. L'opération menée s'appelle le " mouradisme " (du nom du sultan Mourad IV). Ceci fait dire au colonel britannique Laker Lampton : " les dictateurs ne boivent pas et ne fument pas. Il vaudrait mieux qu'Hitler et Mussolini fument et boivent, sans doute les choses iraient-elles mieux pour tout le monde ".
La survenue de la guerre de 39-40 entraîna une pénurie de tabac. Ceux qui fumaient découvrirent à leurs dépens la notion de dépendance. On fuma alors tout ce qu'on trouvait : armoise, eucalyptus, barbe de maïs et même des feuilles de figuier, marronnier, châtaigniers ou topinambour…

Après la guerre
La guerre terminée, tout le monde avait vu W. Churchill remporter la victoire le cigare aux lèvres. Le tabac en ressortait grandi, on fuma de plus belle et c'est à ce moment-là que les femmes prirent l'habitude de fumer.
L'interdiction de fumer apparaît dans les salles d'attente des gares. C'est une des premières mesures de protection contre le tabagisme passif, qui ne fut d'ailleurs pas appliquée à l'époque…
En 1950, le Professeur A. Lemaire écrit dans le Monde du 18 mai : " Beaucoup de gens se refusent à croire à la toxicité du tabac… " Cette réflexion montre que le tabac, bien que nocif, reste très valorisé par une société qui fait sa promotion par des publicités, des films, des livres, etc.
La consommation du tabac n'a fait qu'augmenter depuis son apparition en France.
Le tabac tue à la fin de siècle 60 000 personnes par an en France, et 4 millions dans le monde.

Références ·
Encyclopédie du tabac et des fumeurs, Le temps Ed., Paris 1978. · Ned Rival. Le livre blanc du tabac, J. Grancher ed., Evreux 1978. · Maestracci-Grange C, Stoebner-Delbarre A, Dupuis MH, Sancho-Garnier H. Petite histoire du tabac au cours des siècles. Epidaure, Montpellier. Site Epidaure : http://www.valdorel.fnclcc.fr/epi/index.htm · Nourrisson D. Le tabac en son temps. De la séduction à la répulsion. Collection Contrechamp, Editions ENSP, 1999. · Une

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